jeudi 12 décembre 2013

Les méchants se cachent dans la forêt

                                           
Chasse-galerie; blogue sur la pêche; la pêche au Québec
© Société canadienne des postes {1991} Reproduit avec permission.
Les méchants se cachent toujours dans la forêt. En tout cas, c'est ce qu'on observe dans les contes des frères Grimm ou de Charles Perrault et même dans la littérature québécoise. On n’a qu’à penser à notre chasse-galerie ou à Maria Chapdelaine. Des arbres à l’infini, des animaux sauvages, le démon et un univers barbare et lugubre couronnent souvent nos histoires. Souvenons-nous de la chanson de Claude Dubois : « Le diable guettant comme un rapace son gibier, vint leur offrir tout un marché, dans un canot dans le plus grand que vous ayez, installez-vous là sans bouger… »
Ne ressentirez-vous pas un léger frisson la prochaine fois que vous braverez la Pitoune à La Ronde? En plus de nous rappeler la drave du 19e siècle, vous y découvrirez le célèbre canot de la chasse-galerie qui surplombe le manège!

La forêt abrite depuis toujours les vilains bûcherons, ogres, méchants loups, diables, trolls, gnomes, monstres et vieilles sorcières. Elle est source de péchés, de perdition et de détresse nocturne. Quelques braves chasseurs la connaissent bien, mais ils sont souvent atteints d’une profonde malédiction. Les voleurs s'y cachent pour protéger leur recèle, les brigands pour attaquer les innocents, les forces occultes pour hanter les âmes perdues et les loups-garous pour gâcher les rêves des enfants...

Du Petit Chaperon rouge en passant par toutes les danses lugubres des fantômes jusqu'à Harry Potter (oseriez-vous passer une nuit dans la forêt de Poudlard?), la forêt est sinistre et meurtrière.

Ne vous y aventurez jamais, même en plein jour! 

Un conseil, restez en ville! 

Au mieux, par un beau dimanche, vous pourriez vous rendre dans une zone limitrophe située entre la ville et la forêt qu'on appelle la campagne, zone d’ailleurs développée par les villes en pratiquant la déforestation pour cultiver la terre et nourrir tous les habitants de la cité.

Mais de grâce, n'y allez jamais seul!

Le problème, c’est que pour aller pêcher, il faut se rendre au lac ou à la rivière. Il nous faudra donc beaucoup de courage pour traverser une partie de cette terrible forêt…

Robert Beauregard,* Doyen de la Faculté de foresterie, géographie et géomatique de l'Université Laval, nous explique dans une conférence à laquelle j’ai assisté par la magie du canal Savoir, que graduellement, s’est implantée dans l’esprit des gens l’idée que les barbares étaient ceux qui vivaient dans la forêt. Pour les Romains, les peuples gaulois qui vivaient essentiellement dans un mode de vie proche de la nature étaient des barbares, des non-civilisés. N’est-ce pas l’attitude qu’avait Jules César face à Astérix? On voit déjà à cette époque une dichotomie entre civilisation et nature. « La nature est le lieu de la non-civilisation et pour que la civilisation se développe et grandisse, il faut exploiter encore plus la forêt qui perdra de plus en plus de terrain. » D’un côté, vous avez un empire, une grande cité, du commerce, où le monde agricole établit son règne avec l’église. De l’autre côté, vous avez la forêt qui abrite des « non-civilisés » et plus près de nous, à l’époque de nos bûcherons, cette forêt regroupe des camps forestiers où les hommes boivent et sacrent en agissant comme des bêtes, comme des barbares. 

C’est de là que naissent nos légendes. C’est là que la représentation des méchants sous toutes sortes de formes apparaît.  Et c’est de là aussi que les contes s’inspirent pour nous faire peur en trouvant le mal où il est, dans cette forêt maudite,  sans que les habitants des grandes cités sachent encore à quel point celle-ci peut leur être précieuse.

La ville était donc dans l’imaginaire collectif un lieu de sécurité, où grégaire de nature, l'homme se sentait en sécurité parmi les siens, laissant à la forêt et aux plans d’eau le poids de l’ingratitude et de l’indifférence.

Peut-on faire un parallèle avec nos plans d’eau? N’y retrouve-t-on pas encore des pirates? Que dire des braconniers qui s’apparentent étrangement aux méchants qu’on retrouve en forêt? Le monstre du loch Ness frappe encore notre imaginaire. Et celui du Memphrémagog? Que ce soit Moby Dick, le Capitaine Crochet, Barbe Noire, ou encore Jaws, on retrouve encore une fois une iconographie troublante sur une panoplie de monstres et de personnages tout aussi méchants que légendaires qui sillonnent nos mers intérieures! Le célèbre pavillon des pirates avec sa tête de mort n’a rien pour rassurer les pêcheurs, les monstres de mer qui se sauvent au large avec des baigneurs et Neptune ou Poseidon qui pouvaient vous commander une tempête d’un coup de sceptre n’ont rien de rassurant non plus.

Des pêcheurs quittant le port qui ne reviendront jamais, séduit par le chant des sirènes, le navire-fantôme qui apparaît à la pleine lune comme le Hollandais volant ou le Spectre du Saguenay,  l’océan agité qui ramène des épaves d’une autre époque sur la berge, une mystérieuse bouteille jetée à la mer et retrouvée cent ans plus tard contenant un mystérieux message.


blogue de pêche; Daniel Lefaivre; pêche; leurres; cuillère Dardevle
On retrouve facilement une iconographie représentée sous une multitude de facettes.  Pensons à la célèbre cuillère Dardevle connue de nous tous qui porte comme emblème nul autre que Lucifer en personne! Je ne pouvais passer sous silence dans mon blogue sur la pêche cette cuillère emblématique. La chasse-galerie sur nos leurres! En passant, je n’ai pas conclu de pacte avec Satan, mais ce leurre est un porte-bonheur qui fait partie de mes incontournables. Dans le même ton, je dirais que cette cuillère est mon amulette!

Revenons à la forêt.


« Il y a 10 000 ans, dans le croissant fertile, les vallées du Tigre et de l’Euphrate étaient constituées de grandes forêts de cèdre et de pin. Déjà à cette époque, l’agriculture s’est développée de façon massive. Pour ce faire, il fallait défricher pour se doter de terres agricoles. L’histoire se répètera avec les Romains. Comme on a besoin de bois pour construire les villes, pour chauffer les bains et pour fabriquer des bateaux, on découvre en même temps que la forêt représente un terrain fertile pour l’agriculture. La civilisation, c’est le développement des villes et des cultures agricoles. » 

C’est au 19e siècle que les Britanniques réalisent qu’ils consomment plus d’arbres que ce que la nature peut fournir. Avec le rythme accéléré de l’industrialisation, on prend conscience de l’importance de la forêt, mais aussi de ses limites. On prétend même que le Québec a représenté une terre fertile en récolte d’arbres de qualité pour les Britanniques qui avaient besoin d’énormes quantités de bois pour construire sa flotte de navires. On assiste alors à la naissance d’une science rudimentaire de la gestion de la forêt par les Anglais. 

Le doyen nous explique « On a beau dire que la forêt est la source de tous les maux, peut-être a-t-elle une certaine importance et que finalement, il fallait certainement la protéger…  C’est la normalisation de la forêt qui a amené l’idée du développement durable. La conception de la relation entre la société et la nature est venue de la foresterie.  La naissance de la foresterie en 1835 correspond à une des premières prises de conscience des limites de cette dichotomie entre nature et culture et le concept de développement durable vient en quelque sorte tenter de réconcilier société humaine et nature. »


http://www.youtube.com/watch?v=OBzn8AJpEoo

Conférence de Robert Beauregard, Doyen de la Faculté de foresterie, géographie et géomatique de l'Université Laval (29 novembre 2011).
L'histoire de l'humanité, qui se caractérise par une lutte constante entre la culture et la nature, est aussi une histoire de la déforestation, d'un empiètement toujours plus grand sur les territoires forestiers à la faveur des cultures agricoles et le développement des villes.

Cette prise de conscience reliée au développement durable et qui nous permet, comme société, de nous rapprocher de la nature nous mènera peut-être à une attitude moins indifférente quant aux enjeux reliés à la nature.  La notion même du développement durable qui favorise l’exploitation des ressources naturelles avec diligence nous a aussi permis de comprendre ce que pouvait représenter un bassin versant avec les impacts reliés à nos plans d’eau.


Sachant cela, l’argument qui veut qu’une personnalité publique prenant position en étant pour ou contre tel projet ayant un impact sur l’environnement ne devrait plus se faire apostropher avec des « on sait ben, il vit sur le Plateau, en pleine ville, il ne sait pas ce que sont réellement les enjeux » ou encore « celui-là protège une rivière du haut de son luxueux condo insonorisé au centre-ville » comme j’ai entendu récemment. Je suis optimiste et j’ai parfois l’impression que s’amorce une réconciliation des habitants des villes avec la nature.
Assistons-nous par cette implication des citadins à vouloir protéger la nature, la forêt et nos cours d’eau à quelque chose de concret et de durable? J’ose le croire. 

Ce sont ces mêmes citadins qui réclament aujourd’hui une plus grande accessibilité aux plans d’eau auprès de certaines municipalités qui, par des passe-passe politiques, ne privilégient qu’une poignée de riverains bien nantis. Si la réconciliation entre l’humain et la nature est palpable tant pour l’exploitation de la forêt et des lacs et rivières, si les gens des grandes cités veulent s’approprier la nature pour mieux la protéger tout en l’exploitant, il reste encore beaucoup de chemin à faire si on ne veut pas retomber dans le piège où ce seront les non-civilisés, les gens vivant dans la forêt et s’appropriant leur lac contre l’invasion des citadins, qui risquent de se faire traiter encore une fois par les habitants des villes, de barbares et de méchants…    

  Daniel Lefaivre      <*((((>{

* Propos recueillis avec autorisation.

mercredi 4 décembre 2013

On aime les histoires de pêche !


Moi qui raffole des histoires de pêche avec mon blogue, voilà que je découvre que Radio-Canada a organisé un concours d’histoires de pêche pour promouvoir la très bonne émission Les pêcheurs avec Martin Petit. Bien que le concours soit terminé, vous y retrouverez de savoureuses histoires de pêche des participants. Vous pouvez même partager chacune d’elles sur vos réseaux sociaux séparément en sélectionnant celles que vous préférez! Ça vaut la peine d’y jeter un coup d’œil, vous aurez beaucoup de plaisir à découvrir l’univers des histoires de pêche! Très belle promotion!

À l’époque où nous croyons à tort que seules les photos et vidéos ont la cote auprès des internautes, voilà qu’arrive un vent de fraîcheur avec ces participants qui aiment la pêche au Québec et qui se donnent la peine d’écrire quelques mots pour raconter leur histoire de pêche! Vous en retrouverez plus d’une cinquantaine toutes aussi amusante les unes que les autres.

La pêche au Québec compte beaucoup d’adeptes et je vous invite vous aussi à me raconter votre histoire de pêche, elle se retrouvera peut-être dans cette section de mon blogue sur les plus folles histoires de pêche.

Bonne pêche, bonne lecture! 



Daniel Lefaivre       ><(({°>


http://lespecheurs.radio-canada.ca/histoires-de-peche/




 
 
 
 
 
 

 

samedi 16 novembre 2013

Les truites enchaînées


Les truites enchaînées; blogue de pêche
Leur journée de pêche avait été parfaite. Pas d'encombre, pas de panne, pas de crevaison, pas trop de soleil, pas trop de vagues, pas trop de moustiques... C’est ça qu’ils appelaient une
journée parfaite. Bien sûr, avec tous les « pas » et « pas trop » que les pêcheurs avaient énumérés en faisant le bilan de leur journée, on aurait pu s'attendre à ce qu'une personne lâche le coup d'envoi : « pas trop de poissons! »... Mais tel ne fut pas le cas. Du poisson, par chance, il y en avait et, d'ailleurs, n'oublions pas une chose : sans poisson, il n'y a tout simplement pas
de conclusion ou de bilan de la journée. Non, quand il n'y a pas de poissons au rendez-vous, il y a place aux excuses, mais cela est une autre histoire...

 Or donc, la journée était parfaite! Et les pêcheurs avaient même oublié un détail qui les fit sauter de joie quand l'un d’eux s'en souvint. C’était au tour de Gaston de préparer la bouffe. Et
cela tombait drôlement bien, car Gaston était grand chef cuistot dans un restaurant chic chic chic! Connaissant les règles du jeu et sachant que c’était à son tour, notre cuisinier, évidemment, s’était préparé en conséquence. Il avait eu tellement de mal à digérer le pâté chinois de l'oncle Albert servi la veille que là, il allait en impressionner plusieurs.

Comme entrée, filets de truite sauvage au bouquet de bière et, comme plat principal, vol-au-vent à la provençale ou quelque chose du genre... « Pour ce faire, dit Gaston, je n'ai besoin que de quatre belles truites comme celles-là. »

Et il décrocha les mouchetées de la chaîne à poissons et, pour ne pas se salir les mains davantage, très snob, mais très très snob, il déposa les truites sur la table à pique-nique. Ne
sachant que faire du reste de la chaîne où étaient encore retenues deux magnifiques truites arc-en-ciel de cinq livres, il décida, comme si cela était tout à fait normal, d'accrocher à une branche la chaîne à poissons qui maintenant l’embarrassait.

 

— Bon, j'ai les truites pour l'entrée, lança-t-il.  Avec vous, j’ai bien fait de ne prévoir qu’une entrée de poisson pour le repas, parce qu'on ne peut pas dire que vous avez été de grands pêcheurs jusqu'à présent!...

— Eh! Gaston, répliqua l'oncle Albert en riant, tu nous prends pour qui? T'as pas remarqué les deux truites de cinq livres... Ha! ben non, tu peux pas les avoir remarquées, vu que t'as rien pêché de la journée...

— Les meilleures, ce sont les plus petites! répondit Gaston.

Tu les prépareras toi-même ces deux-là, moi j'ai ce qu'il faut pour la bouffe... Garde-les pour demain... À moins que t'aimes mieux le pâté chinois...

— Té pas comique...

— Bon, venez faire votre tour dans la roulotte, au moins on sera assis confortablement, parce que ça commence à être frais ici, et puis ça fait deux fois que je me fais piquer... allez, je vous paie la tournée!

— Là tu parles comme un grand chef! lui concéda l'oncle Albert.

 

Tous bien installés, les pêcheurs appréciaient le confort des coussins de la roulotte. Cela changeait des bancs d'aluminium, un peu durs pour le postérieur après huit heures de pêche. Les pêcheurs buvaient, riaient et se moquaient gentiment de Gaston qui avait enfilé tablier et toque de circonstance.

Déjà une heure s'était écoulée quand l'oncle Albert décida d'aller « faire pleurer Marguerite ». Il faisait à peine sombre et le ciel s'annonçait étoilé.

 

— Oncle Albert, vu que tu sors pisser, arrange donc les truites avant qu'on les oublie, demanda Gaston.

— Bonne idée, dit l'oncle Albert, un peu plus et je les oubliais ces belles truites-là.

 

Quelques secondes s’écoulèrent.

 

— Ostie, les truites! Lâcha l'oncle Albert avec force.

 

Dans la roulotte, les pêcheurs se regardèrent puis, dans un même élan, voulurent tous sortir en même temps par l'étroite porte.

 

— Qu'est-ce qu'il y a? demanda Gaston.

— Ostie, les truites! répéta l'oncle Albert.

— Pourquoi t'as pissé dans tes culottes, l'oncle Albert? Demanda Gaston.

— Parce que j'ai été obligé de couper mon envie en deux!

Pis que j'ai manqué de visou quand j’ai levé la tête, espèce de gnochon! R'garde là! R'garde là!

— Où ça?

— Dans l'arbre!

— Ben ça parle au maudit!

— C'est d'ta faute, Gaston, si t'es avais pas accrochées là, on se serait pas fait manger nos plus belles truites! Ostie d'Gaston!

— Qui a bien pu faire ça? demanda Gaston.

— Juste comme je levais la tête en direction de l'arbre, j'ai entendu du bruit. C'était un gros raton laveur qui s'enfuyait.

 

Pendues à l'arbre, et toujours accrochées à leur chaîne, les truites faisaient piètre figure. Pour les deux spécimens, il ne restait que la tête, tout le système osseux et... la queue. Deux

squelettes pendaient à l'arbre, minutieusement découpés et dégustés par l'animal qui n'avait pas brisé un seul os, qui n'avait pas touché à une seule arête!

L'oncle Albert en avait encore long à dire et cela allait sortir sous forme d'engueulade... Mais Gaston cria :

 

— Ça sent le fond de poêle qui colle!  Mes truites!

 

Il se dirigea à toute vitesse dans la roulotte pour constater que ouf! les truites étaient sauvées. Un peu plus, et toutes les truites de la journée y passaient.

Puis, l'oncle Albert se ravisa, trouva prétexte aux yeux des autres pêcheurs pour rigoler et tirer profit de l'aventure et avoua à Gaston qu'il était bien heureux de manger de la truite,
ne serait-ce qu'en entrée, car lui non plus n'avait pas tellement apprécié... son propre pâté chinois...

  Daniel Lefaivre        <'))))><



mercredi 16 octobre 2013

La patience à la pêche

                                              

Daniel Lefaivre; pêche au Québec; pêche à la truite; mouchetée
Quel est votre niveau de patience à la pêche?
Dans ce blogue sur la pêche, pouvez-vous répondre à cette question?

À partir de quel moment est-il temps de déclarer ceci ?  « Bon…ben…heu…ça ne mord pas, il est maintenant temps de changer de spot… »  Ou bien est-ce quand vous avez trop étiré l’élastique de votre patience?
Après dix minutes?  Un avant-midi?  Une heure?  Et si vous aviez fait un autre dernier  lancer ou une autre dernière  passe à cet endroit précis? Peut-être auriez-vous pêché le trophée de votre vie?   Que se serait-il passé si, au bout du compte, vous aviez fait 150 derniers lancés au lieu de partir vers un autre endroit?

À la patience succède la ténacité, la persévérance!  Combien de fois m’a-t-on raconté qu’on avait fait le bon choix en décidant de persévérer dans un endroit qui, depuis le début, s’avérait totalement nul.  Et combien de fois m’a-t-on aussi  raconté l’inverse?!  D’autres fois, la patience se transforme en action,  en attitude moins passive…  À la pêche, le seul principe de la prospection rapide peut suffire à justifier l’équation « être à la bonne place, au bon moment »… et au diable la patience!

Entre ces 2 extrêmes, j’ai tenté de  savoir comment  la patience à la pêche peut influencer nos décisions et notre comportement.  À Sylvain Robert, guide de pêche professionnel,  à qui je demandais ce que représentait la patience pour lui et à quel moment il est temps de « lever le camp », il me répond  qu’il n’est vraiment pas du genre à perdre son temps.  De tempérament actif, Sylvain ne demeure pas en place très longtemps.  Par exemple à la traîne, après deux passes,  s’il ne s’est rien passé, il est grand  temps pour lui d’aller prospecter ailleurs.  C’est pour ça, dit-il, qu’il est important de bien connaître son plan d’eau.

« Dès que ça ne mord pas, je change de spot.  C’est pour cette raison qu’il est essentiel de connaître beaucoup d’endroits qu’on a mémorisé ou marqué sur le GPS, afin d’accélérer la prospection. »


Pour Sylvain Robert,  il faut bien connaître le plan d’eau afin de pouvoir changer d’endroit souvent si le poisson est capricieux.  « Plus je suis actif, moins j’ai l’impression de perdre mon temps quand le poisson ne collabore pas.  J’ai la patience de le trouver ! »


J’ai en tête cette image fixe, et pourtant, je regardais un documentaire sur la chasse au phoque, où l’Inuit, totalement immobile, attendait que l’animal  passe au travers de l’ouverture pour venir respirer.  Le trou avait été creusé dans la glace avec des outils rudimentaires et l’Inuit était à genoux, le bras étiré jusqu’au ciel en tenant son harpon.  Puis plus rien, on aurait dit un arrêt sur l’image.  J’ai pensé qu’on allait à une pause publicitaire.  Mais non, le film roulait toujours car tout à coup  un petit texte au bas de l’écran nous indiquait en accéléré le temps qui passait.  Ce chasseur avait la même position des statuettes qu’on trouve dans les boutiques de souvenirs.  Et le temps passait toujours…  Après 3 heures de totale immobilité, les muscles sans doute ankylosés et  les  réflexes probablement gelés par ce froid polaire, il décocha tout de même son harpon à la vitesse de l’éclair et toucha la cible.

Mais quelle patience me suis-je alors murmuré!  Comment arrive-t-il à faire cet exploit?  Moi qui ne tient pas plus de trente secondes accroupi dans la position du receveur au baseball, j’arrivais à peine à croire ce que je venais de voir!  Pouvez-vous imaginer que votre prochaine sortie de pêche en sera une de longue attente, sans broncher d’un poil de mouche, sans vous ouvrir une bière, en sachant que vous ne quitterez  pas votre site tant que vous n’aurez pas pris un poisson?  Difficile à imaginer, surtout dans notre monde en perpétuel mouvement!  En langage d’aujourd’hui, on pourrait dire qu’il y a quelque chose de « zen » dans cette façon d’attendre l’événement de façon aussi  immuable  et sage.  On pourra aussi évoquer une sorte de génétique blindée propre à des êtres humains issus d’un environnement particulier.  Mais qu’en est-il de la patience et particulièrement à la pêche?

Plusieurs pêcheurs m’ont raconté ne pas trop savoir sur quel pied danser avec cette question.    La plupart des gens que j’ai interrogé ont tendance à se fier à dame nature et à la chance, particulièrement quand ils ont comme objectif de capturer une grosse prise.  Mais quand je leur demande ce qui se serait passé s’ils avaient persévéré avec le même leurre, ou à la même place, les réponses sont partagées.   C’est toujours l’éternel dilemme, m’ont-ils racontés.  On ne peut jamais prédire ce qui se serait passé si on avait pris une voie différente,  c’est comme pour la vie quoi!  Mais j’ai entendu très souvent des commentaires fortement associés à la récompense  qui vient après l’effort,  la ténacité, voire même l’opiniâtreté!  C’est comme si la persévérance s’apparentait à l’effort  soutenu de persister à pêcher malgré la bredouille qui s’annonce  évidente et que la prospection rapide est davantage reliée à une pêche sans mérite!  Voyons donc, prendre un poisson rapidement et sans effort, c’est de la chance.  En prendre un après des heures de travail, c’est de la persévérance!

En ce qui me concerne, la patience à la pêche, c’est l’art de savoir attendre sans pogner les nerfs!  !  Mais la patience n’est pas synonyme d’ennui, ou d’inactivité.   C’est aussi tout le contraire de la passivité car dans de telles situations, le temps est suspendu et le pêcheur devient souvent  dans un état de fébrilité où le simple fait d’imaginer ce qui pourrait se produire dans une seconde  suffit à créer  toute la magie de ce loisir si unique!  D’ailleurs, n’est-il  pas étonnant de remarquer que dans beaucoup d’histoires de pêche, on glisse  souvent cette petite perle   étrange « …et au moment  où je ne m’y attendais  le moins,  ma canne s’est subitement courbée... »  Assez cocasse n’est-ce pas? C’est comme si les pêcheurs baissaient la garde, comme s’ils prenaient une pause de patience, comme s’ils mettaient l’attente…en attente!  Et bizarrement, c’est toujours dans ces moments qu’il faut que le poisson se manifeste!...

S’il y a une notion difficile à transmettre aux plus jeunes, c’est bien la patience !  Savoir attendre ?  « Pas rapport » diront-ils !  Certains  d’entre eux peuvent maintenant apprendre à développer cette qualité dès le bas âge,  grâce à un camp de pêche spécialement destiné aux filles et garçons âgés de 9 à 15 ans.   Alec Delage, a mis sur pied ce qu’il nomme judicieusement l’Académie de pêche du Lac Saint-Pierre.  

Ces camps de vacances permettent  aux jeunes de s’initier aux rudiments de la pêche,  de découvrir la richesse de l’écosystème, de savourer des écrevisses, de connaître l’anatomie des poissons, de faire du camping sur une île, et surtout, d’être récompensés  par la capture d’un poisson !  Et on ne parle pas ici de crapets…  Car les enfants ne pêchent pas avec des  cannes en plastique coloré  à l’effigie de  Mickey Mousse ou de Némo !!!  Ils ont droits à tous les égards d’adultes, encadrés par des professionnels de la pêche qui  leurs prodiguent conseils, qui enseignent les techniques,  qui transmettent les bonnes attitudes et qui  leur apprennent  que la patience est une qualité essentielle à la pêche.

De G à D (à l’arrière) : Sylvain Robert, guide professionnel, Simon Domingue et Joey St-pierre, animateurs, Alec Delage, directeur de la pourvoirie et de l’Académie de pêche, Julien-Carl Bruneau, Biologiste, guide et moniteur et tous les pêcheurs et pêcheuses en herbe  à qui on remet une veste de pêche, une canne à pêche et un permis valide jusqu’à l’âge de 18 ans.  Il est encore temps de réserver pour la prochaine saison, pour qui voudrait offrir un cadeau de Noël original !

Après l’accueil et le mot de bienvenue, la première question  qu’on aborde auprès des  jeunes traite de la patience.  On demande d’entrée de jeu quelle est la plus grande qualité du pêcheur ?  La réponse ne se fait pas attendre !  Comme les vacances ont surtout lieu en juillet et août, les jeunes réalisent vite que la patience est un élément clé quand l’eau est plus chaude et le poisson moins actif.  Ils savent dès leur arrivée que la patience jouera un rôle important dans l’apprentissage de ce sport où les récompenses se mesurent non seulement par la capture et la remise à l’eau, mais aussi en appréciant tout l’environnement naturel qui les entoure.  Les enfants apprennent dès lors qu’on peut aiguiser sa patience en prenant des pauses et en appréciant un bon shore lunch !  Un jeune de l’Académie m’a confié ceci : « Quand tu aimes la pêche, c’est pas de la patience, c’est autre chose…   Moi j’aime ça, attendre que ça morde…  Même si des fois ça prend du temps, c’est jamais trop long ! »

J’ai demandé à Daniel Leclair, le pro de pêche en ligne, comment il abordait la patience à la pêche.

  «  D’abord m’a-t-il dit,  je suis patient de nature, mais à la pêche,  je ne reste pas en place très longtemps !  La prospection est en quelque sorte un mode de vie, c’est pourquoi avec moi, c’est pas trop long !  Si ça ne mord pas, je change vite de place, il ne faut pas confondre entêtement et patience, après tout, on est à la pêche pour prendre du poisson !  Si je sais que le poisson est là mais qu’il ne veut pas mordre, je peux être du genre à faire un dernier lancer, tu sais, le genre de dernier lancer qui nous fait rester deux heures de plus à la même place !  Mais en général, je me promène pas mal, jusqu’à ce que ça morde, c’est de la patience,  ça aussi.  Même chose pour le musky, si ça ne mord pas, je change de place et pour moi mes nombreux déplacements ne sont pas une perte de temps.  De toute façon quand on est convaincu qu’un endroit ne sera pas productif, ça vaut vraiment la peine de prendre du temps pour  enfin trouver LE spot. »

Pour Daniel Leclair, la patience a la bougeotte !  Savoir prospecter rapidement, savoir juger rapidement si les conditions seront favorables font partie de son mode de pêche.  « Avec moi, c’est pas trop long, quand ça ne mord pas, ma passion, c’est de trouver le poisson !  Pour ça, ma patience n’a pas de limite ! »

J’ai voulu savoir auprès de  Daniel Leclair comment il se comportait s’il prenait une belle prise du premier coup ? 

« Si j’en ai pris un, j’ai tendance à penser  qu’il y aura plusieurs autres poissons dans ce secteur.  Alors là, ça vaut la peine de patienter plus longtemps.  Mais si je prends une grosse prise au premier lancer, dès le début de la journée (et ça m’est arrivé plus d’une fois), alors c’est toujours en riant que je déclare, en toute connaissance de cause : Bon ben là, la journée va être super dure à partir de  maintenant !... »


J’ai aussi demandé à Gaston Lepage comment il abordait la patience à la pêche.  Ce comédien tellement sympathique qui n’a plus besoin de présentation, est aussi un passionné de pêche, (pour ceux et celles qui ne le savaient pas déjà !).  Il m’a donné des réponses aussi savoureuses que les poissons qu’il pêche !

Gaston,  selon votre expérience, à quel moment est-il temps de changer d’endroit quand le poisson boude nos offrandes?

« Si tu perds le goût de pêcher parce que ça ne mord pas, il est probablement juste un petit peu trop tard pour changer de spot...   Vaut mieux prendre une pause… »

Selon vous, existe-t-il une façon de déterminer  clairement à quel moment l’endroit propice s’avère nul et qu’il est temps de le quitter ?

« Ça dépend de l'heure, de l'éclairage, de la température, voire même de la météo.   Mais si après une demi-heure, avec différentes offrandes, on n'a pas eu d'action, vaut mieux déménager. »

« Tu me demandes si je suis patient?  Si je suis du genre impatient qui prospecte un endroit de pêche en 5 minutes ou si je suis plutôt persévérant, quitte  à  passer plusieurs heures au même endroit?  Et bien,  étant pêcheur de saumon, je me dois d'être pas mal patient. On passe de grandes journées sans avoir d'action, parfois des semaines et pour certains, l'insuccès peut même se chiffrer en années... Et pourtant, au moment où on s'y attend le moins, ça mord pour la peine.   Et là, ça efface tout ce temps de mortelle attente!  Pour d'autres espèces comme le doré par exemple, je suis beaucoup plus impatient. »

Et si vous aviez fait un autre dernier  lancer ou une autre dernière  passe à cet endroit précis?  Peut-être auriez-vous pêché le trophée de votre vie? Comment abordez-vous la patience à la pêche?  Et justement,  selon vous, s'agit-il de patience ou de "timing"?

« Pour le timing parfait, bien heureux celui qui saurait dire avant l'événement que c'est à coup sûr, un bon timing…   À peine peut-il penser que les conditions sont les meilleures, mais finalement, c'est quand même le poisson qui décidera.   Et c'est l'histoire de ma vie!!! »

Pour Gaston Lepage, « La patience, ça va avec la pêche en général.   Je connais des gens qui sont incapables de rester assis plus d'une heure dans une chaloupe, même si ça mord!!!!
L'idée, c'est de pratiquer ce sport pour tout ce qu'il y a autour,  la forêt,  le ciel, le lac ou la rivière,  les vacances,  les amis qui nous accompagnent, la paix quoi! »

 Il nous est tous déjà arrivé de prendre une belle prise dès le premier lancer.  Puis de s'acharner à pêcher au même endroit, sans aucun autre résultat.  Dans ce genre de situation, avec l'expérience acquise, combien de temps serez-vous tenté d'y demeurer si une prochaine situation semblable se produisait?

« Ça m'arrive assez souvent, et puis ça tombe mort. Un jour avec mon ami Patrice l'Écuyer, on s'installe sur la fosse à doré en arrivant au chalet, et coup sur coup on prend immédiatement chacun un doré de 5 livres et demi. Des jumeaux pour ainsi dire. On s'est dit qu'on allait passer une fin de semaine fabuleuse. Bien ce sont les seuls dorés qu'on a pris de tout le voyage !!! On a pourtant pêché presque tout le temps qu'on était là, mais rien n'y fit… »

Pour Gaston Lepage, rien de tel qu’un repos bien mérité !  Souvent, une petite pause peut faire toute la différence ; la confiance et la patience peuvent revenir en force !  « Si tu perds le goût de pêcher parce que ça ne mord pas, il est probablement juste un petit peu trop tard pour changer de spot...   Vaut mieux prendre une pause… »

Je mentionnais en début d’article que la patience, c’est l’art de savoir attendre sans pogner les nerfs…À la lumière des différentes personnalités interrogées, je rajouterai que c’est aussi l’art de savoir attendre le bon moment, ce qui ne signifie pas que l’attente est une forme d’inaction, au contraire, la recherche, l’étude du milieu, la prospection font aussi partie de l’action d’attendre!  Après tout à la pêche, on n’est pas barricadé dans une cache!

Mais ne me parlez pas de ce qui peut me faire perdre patience… quand mon coffre se renverse, quand je vis un bris d’équipement, quand mille bonnes raisons m’empêchent d’aller à la pêche ou que la météo fait tout pour être contre moi…   Ça, c’est une autre histoire…


Daniel Lefaivre    ><((((º> ·° ºoO 






samedi 5 octobre 2013

Jamais on ne me croira!

                                                                                     

Histoires de pêche, Daniel Lefaivre, blogue de pêche, pêche au Québec, techniques de pêche
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Il n’est pas de pêcheur qui ne possède sa part de frustrations. Sentiment d'extrême angoisse qui se solde par une amertume peu commune, alarmante et amère déception, impuissance
totale devant le fait accompli. Cela pourrait représenter une description rapide du sentiment de frustration dont la psychologie en ferait un sujet d'analyse inépuisable. Mais il y a pire : je l'appelle le double sentiment de frustration. C'est une émotion à caractère quasi exponentiel, une frustration multipliée. Imaginez : vous venez de rater le poisson de votre vie (première frustration) et pour comble, personne ne vous croira! (deuxième frustration)... Un joueur de
hockey qui rate sa cible peut se reprendre l'instant d'après. Le gardien de but ne s'envolera pas!

Il en va tout autrement du poisson qui surgit, on ne sait d'où et qui vous crache votre leurre
en plein visage pour aussitôt disparaître dans le néant! Marc et Roland, deux inséparables pêcheurs, en ont vu de toutes les couleurs dans la réserve faunique Rouge-Matawin.

La capture d'un petit brochet de huit livres les avait incités à poursuivre leur activité dans une zone halieutique très précise.  Un arbre mort et tombé à l'eau servait de repère. Leur embarcation restait immobile, et ce, même sans ancrage. À peine suivait-elle tout doucement le cours de l’eau lorsqu'une brise apportait un peu de fraîcheur. Ils pêchaient debout et tour à tour une grosse Daredevle et un Rapala fendaient l'air. Ainsi installés, les deux compagnons pouvaient facilement observer le fond marin, car à cet endroit l'eau est claire et peu profonde. Ils pouvaient aussi admirer leur brochet qui nageait entre deux eaux, relié par un câble de nylon.

Marc et Roland avaient pris l'habitude d'observer et surtout d'admirer leurs captures de cette façon, et durant quelques minutes, avant de les placer dans la glacière. Et ils regardaient justement cette beauté de la nature, lançant leur ligne ici et là sans conviction, lorsqu'ils eurent une apparition. Un brochet d’au moins 40 livres était là, immobile et majestueux, juste derrière la capture. Un peu plus et Roland allait se demander s’il n'était pas préférable d'utiliser un brochet de huit livres comme appât! Du moins, c'est ce que la scène semblait inspirer tellement la taille de ce requin était disproportionnée par rapport à la petitesse du poisson de huit livres.

Les deux pêcheurs se comprenaient même si aucun mot n'était prononcé. Ils sentaient leur cœur battre au rythme d'un solo de batterie et prenaient plaisir à croire qu'ils contrôlaient leur émotion. Marc laissa tomber sa cuillère ondulante à quelques pas du monstre. On entendit un gros bouillon. La torpille venait de se jeter, gueule ouverte, sur le leurre. Marc donna un bon coup dans le but de ferrer et puis, plus rien... La puissante mâchoire du brochet avait sectionné le bas de ligne en acier que le fabricant éprouvait jusqu'à 30 livres de résistance.

Les deux hommes n'en revenaient pas. Comment un fil d’acier si mince et si résistant pouvait-il être coupé si facilement? Même avec une bonne paire de pinces, il fallait s'y prendre à deux et même à trois reprises pour réussir à casser un tel câble. Roland était déçu. Pour lui, cela signifiait une autre aventure qui se terminait en queue de poisson, un grand moment d’exaltation et puis rien d’autre à raconter que l’indescriptible angoisse du moment. Mais Marc ne se laissait pas décourager pour autant. Rapidement, il lança dans la flotte un hameçon simple muni d'un gros ver avec sa deuxième canne qu'il utilisait justement en période de panique.

— Pas le temps de refaire des nœuds et de réinstaller tout l'attirail, disait-il, c'est pour ça que j’ai toujours une autre ligne toute prête.
— Un simple plomb et un gros ver? demanda Roland. Non mais tu penses que le brochet va y croire?
— J'en sais rien, dit Marc. J'veux pas le brochet, j'veux pêcher une perchaude!
— Ça va pas, non?
— D'abord, dit Marc, si mon bas de ligne a été coupé en deux, c'est parce que mon leurre a passé! Il n'est plus dans sa gueule, ni dans le fond de sa gorge. Donc, la cuillère est peut-être dans son estomac. Au coup qu'il a donné et à la longueur du bas de ligne que j'avais (et du peu qui me reste) ma Daredevle devrait être dans le fond de son ventre.
— Y va passer un mauvais quart d'heure!
— Penses-tu? dit Marc. Tu te souviens du requin qu'on a pêché en Caroline du Nord? Il avait une plaque d`immatriculation dans le ventre!
— Y va passer un mauvais quart d'heure quand même! Dit Roland. Pour moi, il n'est pas prêt de revenir dans le coin.
— S'il revient, je dis bien s'il revient, y va se méfier de nos leurres. C’est pour ça que je veux le piéger avec une perchaude.

Au même instant, Marc ramenait une perchaude de bonne taille. Il lui accrocha un trépied sur le dos et la laissa redescendre dans l'eau, juste au ras de l'embarcation.

— T'as pas le droit de faire ça, lança Roland. Y a des lacs où les ménés et les poissons-appâts sont interdits...
— M'en câlisse ben! répliqua Marc. Penses-tu que je vais rater une occasion de même?
— Tant qu’à ça, t'as peut-être raison, marmonna Roland qui effectuait quelques lancers avec son énorme Rapala.
— On va l'avoir, on va l’avoir, répéta Marc. Y faut être positifs!

Quinze minutes plus tard, le monstre réapparaissait. Cette fois, c'était au tour de Roland de vivre une excitation sans limites. Il suivait le leurre de Roland, sans y croire, nageant au ralenti. Roland accéléra le rythme de nage de son leurre, le brochet en fit autant. Les pêcheurs voyaient maintenant le poisson ouvrir la gueule et saisir le Rapala juste du bout des lèvres, comme s'il ne voulait croquer que la queue du poisson artificiel. Au même instant, Roland donna un grand coup pour piquer la bête, mais son leurre sortit de l'eau et l'effet de ressort le ramena dans l'embarcation. Et comme toujours quand ça va mal, le Rapala s'était échoué dans les mailles de l’épuisette.

— Niaiseux, t'as tiré trop fort, lança Marc.
— Ostie d'câlisse, répliqua Roland.

Sans laisser de répit, le monstre était encore visible et se dirigeait vers la perchaude qui nageait sans cesse sur place et qui ne semblait pas trouver la situation très drôle. La bête donna
un coup de queue, ce qui brouilla l'eau. La bobine de fil commençait à se dérouler, car Marc laissait son moulinet à la plus faible pression, histoire de laisser au poisson le plus de
mou possible. Après un bon moment, Marc accentua davantage la pression, ce qui eut pour effet de freiner l’élan de la bête et de courber la canne. Le brochet se sentait à nouveau piégé.
Le monstre exerça une course effrénée, tantôt vers le large, tantôt vers la rive, ce qui était plus inquiétant, car il ne fallait surtout pas qu’il lui vienne à l'idée d'aller s'entortiller autour des souches qui jonchaient le fond de l'eau, ou encore autour  de l'arbre tombé à l'eau et qui était à proximité des pêcheurs.
Marc tenait bon. Le brochet aussi. La partie était-elle gagnée? Il y avait bon espoir.

— Coupe! Coupe! cria Marc, tout énervé. Laisse faire ton Rapala, coupe ta corde, occupe-toi plus de démêler les hameçons pris dans les mailles, on va peut-être avoir besoin de la puise plus vite qu'on pense!

Roland s'exécuta. En deux temps trois mouvements, il tenait fermement l'épuisette, mais se doutait bien que le brochet allait livrer un violent combat et que Marc ne serait pas prêt
à ramener le poisson contre l'embarcation avant une bonne demi-heure.

— Les nerfs! lança calmement Roland. On va l'avoir, prends ton temps, yé ben accroché...
— Y monte, y monte, s'écria Marc.

Effectivement, le brochet s'était élancé vers la surface avec force et avait surgi de l'eau comme une fusée qui s'arrache du sol, lentement, presque au ralenti. Son corps donnait d’immenses
secousses, se courbait et se pliait avec fougue; il fouettait l'air avec puissance et, malgré l'écume créée par le bouillon d'eau, on distinguait nettement dans sa gueule, la tête de la perchaude qui pendait, à moitié sectionnée. La bête se laissa retomber de tout son long, presque sur le dos, troublant à nouveau la quiétude qui régnait à la surface de l'eau.

— T’as vu, dit Marc, je l'ai piqué dans la bouche!
— Lâche pas, répliqua Roland, maintiens la bonne pression!

Et, comme les pêcheurs appréhendaient, le brochet fonçait vers l'arbre dont la cime était couchée au fond de l'eau. Plus vite que la main qui actionne le moulinet, le monstre avait réussi à entremêler le fil autour d’une branche ou d'une souche. Résultat, il réussit à s'enfuir et à se faire remplacer par un arbre qui donna beaucoup de fil à retordre au pêcheur. Non seulement Marc venait de rater sa deuxième chance, mais il était incapable de se dégager de cette impasse sans couper son monofilament.

— Maudite marde!  Lâcha Marc. T’as vu, il est plus intelligent que nous deux. J'aurais dû le wincher.
— Le quoi? demanda Roland.
— Oui, le wincher, le ramener très vite, sans poser de questions, avec force, comme un winch sur le devant d'un quatre roues motrices. Le remorquer, quoi!
— Tu l'aurais perdu de toute façon, y tirait beaucoup trop, répliqua Roland en train de monter un nouvel attirail à sa canne.
— Dire qu'il y en a qui prétendent que les poissons ne sont pas intelligents...
— En tout cas, celui-là est plus brillant que mon boss, lança Roland avec humour.
Les deux pêcheurs avaient besoin de se dérider, histoire de faire descendre un peu de stress.
— Ah j’oubliais, dit Marc. Tu lui as fait croire que tu étais cloué au lit ce matin, il te croira, tu penses?
— Bien sûr, y mord à n'importe quoi!
Changeant de sujet, Marc précisa à son compagnon qu'il serait préférable d'exciter le brochet avec de nouveaux leurres, histoire de le rendre plus agressif, si jamais il osait revenir.

— Non, trancha Roland. Je garde mon Rapala, il a mordu une fois, y va mordre une deuxième fois. Peu importe les théories, j’ai confiance en mon porte-bonheur.
— C'est comme ça que tu reviens toujours bredouille, dit Marc.

Après quelques blagues, les deux hommes se remirent à l'ouvrage. Roland avec son Rapala, Marc avec une MuskyKiller. Toute leur pêche n'était maintenant qu'orientée en fonction du requin d’eau douce, espérant qu'il ne souffrait pas trop d'ulcères d'estomac et qu'il allait surgir à nouveau. Et c'est ce qui se produisit. Le monstre suivait à nouveau le leurre de Roland. Cette fois, il ouvrit la gueule et croqua la proie de toutes ses forces. Roland tenta alors de ferrer délicatement, mais les mâchoires d'un brochet de cette taille sont d'une dureté extraordinaire. Aucun émerillon ne réussit à traverser la couche de dents et de cartilage et, douloureuse frustration, Roland ne put parvenir à accrocher son poisson.

— Merde! s'écria Roland, y a pas moyen d'en venir à bout.
— On dirait qu'il se prête à ce petit manège juste pour nous narguer, juste pour que je sois à bout de nerfs! Pis y se sauve même pas, regarde, y reste là, sans bouger!

Les deux pêcheurs tentèrent de toutes les manières de faire réagir le monstre. Marc changeait de leurre à tous les trois lancers et Roland, inlassablement, frôlait son poisson artificiel contre la gueule du géant sans que celui-ci n'en soit dérangé pour autant. Marc éprouvait de plus en plus de difficulté quand venait le temps de choisir et de nouer un nouveau leurre. Ses doigts tremblaient et, dans sa hâte, il se piquait en lâchant d'énormes jurons.

Puis, comme lassé de se foutre de la gueule des pêcheurs, le requin fonça à nouveau vers le Rapala. Encore une fois, il troubla l’eau et donna espoirs et palpitations à Roland. La ligne se plia en deux, mais le pêcheur n'eut même pas le temps de réagir. La canne à pêche flexible redevint droite comme une tige de fer. Le monstre avait senti la pointe d'un hameçon et avait réussi facilement à cracher sa proie. Ce fut la fin. Plus jamais les pêcheurs ne revirent ce superbe phénomène de la nature. En tout, cinq chances ratées et un après-midi complet à  ne penser qu'a cette capture avec le résultat que l'on connaît.

— Jamais on ne me croira, marmonna Marc.  Ça s’peut pas manquer son coup comme ça. Tu peux pas savoir ce que je ressens...
— Et comment! dit Roland. On plie bagage. On a presque rien pris et puis on s'est énervés tout l’après-midi pour rien.
— Maudit que c'est frustrant, il était juste là et on a même pas été capables...
— Moi je la raconterai pas cette histoire-là, on ne me croira jamais.
— Ouais, y vont dire qu'on a de l’imagination! Avez-vous pris quelque chose? dit Roland d’un ton ironique. Il se répondit à lui-même : oui, on est allés s'énerver alors qu'on venait pour se relaxer!

En effet, pas grand monde ne croyait à leur aventure. Mais quand ils se réunissaient et qu'il se trouvait des sceptiques parmi eux, ils possédaient cette petite connivence : eux, au moins, avaient chacun leur témoin. Et chacun racontait presque la même histoire...

Daniel Lefaivre     <°))))><


samedi 21 septembre 2013

Tu m’en diras tant!

                                                                   


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— Je l'savais...

— Quoi?

— Mes bottes prennent l’eau, ‘stie.

— M’en doutais...

— Pourquoi?

— Ma ligne est pognée d’dans... Pis plus j’tire, plus l'eau rentre, r’garde ben...

— Laisse donc faire...

— Y te restes-tu des patches à bicycle?

— Non, j’ai fini de réparer le pneumatique avec... parce que la nageoire de ton dernier trophée que j’ai jamais vu a toute pèté le bateau!

— Hum, tu m'rappelles des souvenirs. Y était gros vrai, celui-là! La bouche grosse comme une bay-window... Pis la nageoire!  Une vraie lame de scie... Une chance qu’on l'a pas pogné, on se serait fait manger tout rond...

— M’en vas... Veux-tu ben faire attention, m’en vas te décrocher...

— Eh que ça mordait dans ce temps-là...

— J’te dis de pas tirer! Donne-moi du lousse... Té après tout déchirer...

— Tu m’croiras peut-être pas, mais y a une truite qui a déjà sauté dans une de mes bottes...

— Tu charries.

— Pantoute! La truite a sauté juste à côté de moi. J’étais dans l'eau jusqu'aux cuisses, pis est retombée dans mes bottes...

— J’te cré pas.

— Mettons que j'me suis tassé un peu de son bord pour être sûr qu'à rentre dedans... M'as t'en conter une meilleure. Tu sais comment mes lancers sont précis?

— Pas autant que tes retraits...  Comment t’as fait pour me rentrer la pointe de l’hameçon aussi profondément dans ma botte?

— Ben, imagine-toi qu’en faisant un lancer, ma trôle est tombée directe dans la gueule d’un poisson qui venait juste de bondir hors de l’eau!  Comme une balle qu’on lance à un chien! En plein dans gueule grande ouverte!

— Y bâillait, probablement...

— J’te jure, ma cuillère est entrée direct dans sa gueule...

— Pis est r’sortie par la queue!

— J’te l’dis, c’est le genre de poisson qui vient cogner à porte du camp si on est en retard le matin...

— Pis qui vient te border le soir peut-être?

— Non, mais pas de farce, j’en ai déjà capturé un par la queue...

— Tu vas me dire qu’y s’la mordait en tournant en rond, comme un chien...

— Y boudait mon ver. Le poisson boudait mon ver, y voulait rien savoir…

— Pis après?

— C’est parce qu’y a tourné le dos à mon offre que j’ai été obligé de le ferrer par la queue...

— Je connais beaucoup d’hommes qui tournent le dos aux offres des femmes, mais qu’on ferre par la queue!

— Pis pour sortir ton poisson, cette fois-là, t’as utilisé un towing?

— Mon achigan, je t’ai déjà parlé de mon achigan? Dans un tournoi y a bouffé cinq lignes en même temps... Les jurés savaient pus quoi faire pour me désigner le gagnant...

— T'as partagé ton prix en cinq?

— Té fou, y avait cassé les quatre autres lignes, mais pas la mienne...

-Moi j’ai déjà…

— Mon sonar, tu sais à quoi il me sert mon sonar? J’m’en sers en bateau pour être sûr de pas frapper de poisson sur mon passage... Pis j’t’ai jamais parlé de la morue de cinquante livres que j’ai trouvée dans le ventre de mon requin? Je l’avais installé sur le toit de mon char, le requin j’veux dire! C'est quand j’ai breaké ben sec pour éviter de frapper un orignal que la morue est sortie de sa bouche... Une morue de cinquante livres!


— Faudrait que j’te raconte la fois...

  Daniel Lefaivre 

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samedi 14 septembre 2013

Pêcher autrement

Ce printemps, on m’a volé mon moteur hors-bord. Je sais que cet incident ne figure que dans le palmarès des faits divers et combien quotidiens de notre société.  N’empêche que j’ai raté la moitié de la meilleure saison de pêche. Privation, paperasse à régler, rapport à rédiger, horaire de loisir chamboulé et frustrations sont venus combler mon « espace pêche » habituel, ce qui a soulevé toute ma grogne. Sans compter que je tentais de combler ce « creux barométrique », ce vide existentiel en surmultipliant les vidéos de pêche et en regardant tout ce qui se faisait dans ce domaine sur les médias sociaux. Je voyais d’un œil jaloux ceux et celles qui exhibaient leur trophée avec fierté et qui exprimaient leur passion pour la pêche avec preuve à l’appui…

Ainsi privé momentanément de mon embarcation me plaçais dans une situation où je perdais tous mes repères, où l’hiver durant je n’avais eu qu’une idée fixe, reprendre le large, me retrouver sur l’eau avec ma modeste chaloupe de pêche. Je me sentais comme un loup de mer noué au port.

Pour savourer et vivre pleinement le bonheur que me procure la pêche, une fois le choc amorti, je n’allais pas laisser filer sous mon nez une saison déjà trop courte en ne faisant que maugréer, même si dans ce domaine, certains me considèrent comme expert. Si je ne peux me rendre au milieu de la rivière, je peux certainement la contourner et pêcher sur ses abords! Alors c’est ainsi que j’ai découvert des endroits et des façons différentes de pêcher. D’abord parce que peu de choix s’offraient à moi et que j’allais donc devoir être créatif. Ensuite parce que l’idée de faire autrement se préparait déjà depuis un bon moment, presque inconsciemment, comme une pensée cachée dans des herbiers, attendant le bon moment pour me surprendre. Puis mes pensées sont devenues plus claires, une onde de choc au bout de la canne qui me force à réagir sans faire de faux pas en devinant d’avance quelle espèce s’agite au combat.
   
J'ai eu un plaisir fou à pêcher la marigane au flotteur coulissant ou avec des micro jigs (Atomic teasers) dans quelques mètres d'eau. D'ailleurs, non seulement cette espèce n'est à peu près pas pêchée, mais pratiquement inconnue des pêcheurs. Je n'ai pas noté le nombre de fois où des pêcheurs ont sursauté en me disant « tu pêches de la marig...quoi? »... Et tout ça à pied en bordure d’une rivière ou sur un quai! Mais n’allez pas croire que ce n’est qu’un poisson destiné à l’initiation des enfants, si votre leurre est trop près de la surface ou du fond, ces poissons vont se foutre de votre gueule! Avec cette espèce , il faut trouver le juste milieu et cela fait partie du trill

Daniel Leclair posant fièrement avec une belle marigane. Pour en connaître davantage sur cette espèce et l’utilisation des leurres et techniques, je vous invite à visionner l’épisode de  Pêche en ligne, première saison, disque deux, « Panfish pour tous ».   Vous y verrez que ce petit poisson est très combatif et qu’il se donne des allures d’achigan quand le combat s’amorce.


J'ai aussi tenté timidement quelques lancers à la mouche. Je viens d'y découvrir un monde fascinant et je compte bien faire l'expérience d'un bas de ligne pour brochet que je pourrais adapter au monofilament de mon lancer léger, c'est à suivre. De récupérer la mouche lentement en ramenant la soie tout en maintenant une tension à l'extrémité de la canne n'est pas une mince affaire, mais je compte bien maîtriser cette technique au cours des prochaines saisons.


Je perfectionne quelques nouveaux nœuds complexes et je prends plaisir à mémoriser mes gestes afin d’en venir un jour à pouvoir les faire aussi aveuglément que les lacets de mes chaussures!

Voilà une autre façon de faire qui me pousse à expérimenter, par curiosité, comment devenir un meilleur pêcheur. Je réalise que d'orienter mes pratiques habituelles vers des horizons nouveaux m'oblige à parfaire mes connaissances tant sur le plan de la technique que sur la connaissance générale des espèces convoitées.

Le plus important que je retiens de mon expérience est le fait de sortir de sa zone de confort peut nous amener à nous dépasser, à découvrir des techniques ou des façons de faire insoupçonnables. Inspiré du film Moneyball qui défait certains paradigmes et qui nous pousse à chercher dans des sentiers inexplorés, outre les notions de sabermétrie décrite dans le film, j'ai amorcé une saison de pêche un peu de cette manière. Je me suis dit que j'allais quitter mes vieilles pantoufles, mon confort habituel où je pêchais trop souvent avec des automatismes. J'ai dû réapprendre à sélectionner la bonne approche en fonction de réalités halieutiques différentes.

Ce film m'a aussi motivé à tenter d'autres approches. Il y a plusieurs années, un conférencier du monde des affaires disait « Si vous voulez faire des ventes que vous n'avez jamais faites, il faut faire des choses que vous n'avez jamais faites! » Riche de ce genre de réflexions, j'ai donc transposé cet adage
  
 "Si vous voulez faire une pêche que vous n'avez jamais faite, il faut pêcher comme vous  ne l'avez jamais fait!"

Ce qui m'a poussé à connaître encore mieux les habitudes de nouvelles espèces, à redevenir le chasseur en moi qui traque (et non le passif qui attend), à chercher de nouvelles techniques et des espèces différentes, tout en stimulant ma créativité et mon sens critique. Si je décide d'aller taquiner le brochet, ce sera différemment; techniques, leurres et habitat, tout en recherchant la satisfaction de découvrir quelque chose de nouveau, même si parfois cela peut sembler subtil... J'aurai au moins le sentiment d'avoir exploré quelque chose de nouveau.

J’ai redécouvert aussi les sentiers du parc de la rivière Doncaster en me baladant le long du cours d’eau, tantôt en empruntant le côté plus escarpé, plus sportif de la rivière, tantôt en prenant une marche sur le côté plat et nivelé. Dans les deux cas, j’ai capturé de belles mouchetées en explorant une multitude de petites fausses tout au long de mon parcours. Se retrouver en pleine nature à deux pas de Montréal, avec le torrent comme ambiance vous donne cette chaleureuse sensation de liberté qui confirme qu’il n’est pas toujours nécessaire de piloter un bolide pour profiter d’une belle journée de pêche!

Dans le domaine de la nouveauté, je n'ai pas tout fait d'un seul coup en une demi-saison. Je me promets cependant certaines découvertes pour de futures expéditions, comme de pêcher la carpe, mais là, pas n'importe laquelle, de la grosse, très grosse carpe!

Je me promets de découvrir une autre facette de la pêche à gué, celle où on doit faire preuve de doigté et de patience pour pêcher ce poisson! Comme pêcheurs, on a tous déjà capturé cette espèce par accident la plupart du temps, mais rarement avec un poids record! Quand on parle de faire les choses différemment, voilà un bel exemple d'un nouveau type de pêche à explorer!


Thierry Rimbaud, guide de pêche multi-espèces vous fera découvrir la pêche à la carpe. Il pourra vous initier à cette espèce, car l'équipement et la technique diffèrent passablement des autres modes de pêche. Pour vivre des sensations différentes, pourquoi ne pas explorer la pêche à la carpe? Frissons garantis! 


 Un autre petit détail que j’ai trop souvent négligé, mais qui fera partie des résolutions pour la prochaine année consiste à suivre un cours accéléré avec un professeur privé qu’on appelle plus communément, un guide de pêche! C’est incroyable tout ce qu’on peut apprendre en une seule journée avec un pro! À titre d’exemple, Thierry Rimbaud, guide de pêche professionnel en Mauricie, pourra vous faire découvrir la ouananiche, la grise ou encore l’arc-en-ciel en vous prodiguant des trucs et conseils qui vous serviront pour toutes vos futures sorties.
 
Et puis il y a ces kayaks de mer qui sont de plus en plus utilisés par les pêcheurs. Je vous invite à découvrir cette pratique en visionnant certains topos sur WFN. J'avoue que je suis fasciné par ce type d'embarcation et que j'ai hâte d'en faire l'expérience! Il m'arrive parfois d'imaginer une saison de pêche sans les tracas reliés à l'entretien et la réparation de moteur! Quelle sensation de mettre son embarcation à l'eau sans utiliser obligatoirement une rampe de mise à l'eau! 

Il s'est passé quelque chose de particulier avec l'événement du vol de mon moteur: en profiter pour changer mes habitudes. Je n'avais plus d'intérêt à laisser mon embarcation à un point fixe pour tout l'été. J'avais le goût de vivre de nouvelles expériences, d'explorer différentes facettes de la pêche jusqu'ici négligées chez moi, par exemple, de pêcher trop souvent de la même manière, fidèle à des habitudes dont je ne saurais expliquer les origines.   J’ai redécouvert le « street fishing » en réalisant que je pratiquais ce type de pêche à l’adolescence, en parcourant les quatre coins de la ville en vélo… Pourquoi ne pas revivre aussi cette activité avec une seule canne et quelques leurres? . Le "fun noir" que j'ai eu à pêcher la marigane, à pied, en bordure d'une rivière fera partie à coup sûr de mes prochaines petites expéditions. Et tant mieux si on continue à me demander « tu pêches quoi...? »

Maintenant équipé d’un nouveau moteur, je vais aussi poursuivre l’exploration du Memphrémagog, de la rivière des Mille-Îles et de quelques lacs des Laurentides en abordant la pêche d’une tout autre façon. Je vais trainer mon bateau un peu partout et consacrer plus de temps à la lecture de mes cartes marines. 

Avec l’interdiction de pêcher la perchaude pour plusieurs années au lac Saint-Pierre, avec une future règlementation sur l’utilisation interdite de la pêche au méné, avec l’introduction involontaire d’espèces indésirables, avec des lois sophistiquées sur les grandeurs des poissons, avec la gestion en club privé et sélect des descentes de bateaux dans certaines municipalités, le pêcheur d’aujourd’hui n’aura d’autres choix que de continuer à s’adapter à de nouvelles façons de faire et à s’impliquer encore plus dans les débats.

Inutile d’attendre qu’un événement personnel survienne pour pêcher autrement.


 Daniel Lefaivre

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