samedi 21 septembre 2013

Tu m’en diras tant!

                                                                   


http://daniel-lefaivre.blogspot.com
— Je l'savais...

— Quoi?

— Mes bottes prennent l’eau, ‘stie.

— M’en doutais...

— Pourquoi?

— Ma ligne est pognée d’dans... Pis plus j’tire, plus l'eau rentre, r’garde ben...

— Laisse donc faire...

— Y te restes-tu des patches à bicycle?

— Non, j’ai fini de réparer le pneumatique avec... parce que la nageoire de ton dernier trophée que j’ai jamais vu a toute pèté le bateau!

— Hum, tu m'rappelles des souvenirs. Y était gros vrai, celui-là! La bouche grosse comme une bay-window... Pis la nageoire!  Une vraie lame de scie... Une chance qu’on l'a pas pogné, on se serait fait manger tout rond...

— M’en vas... Veux-tu ben faire attention, m’en vas te décrocher...

— Eh que ça mordait dans ce temps-là...

— J’te dis de pas tirer! Donne-moi du lousse... Té après tout déchirer...

— Tu m’croiras peut-être pas, mais y a une truite qui a déjà sauté dans une de mes bottes...

— Tu charries.

— Pantoute! La truite a sauté juste à côté de moi. J’étais dans l'eau jusqu'aux cuisses, pis est retombée dans mes bottes...

— J’te cré pas.

— Mettons que j'me suis tassé un peu de son bord pour être sûr qu'à rentre dedans... M'as t'en conter une meilleure. Tu sais comment mes lancers sont précis?

— Pas autant que tes retraits...  Comment t’as fait pour me rentrer la pointe de l’hameçon aussi profondément dans ma botte?

— Ben, imagine-toi qu’en faisant un lancer, ma trôle est tombée directe dans la gueule d’un poisson qui venait juste de bondir hors de l’eau!  Comme une balle qu’on lance à un chien! En plein dans gueule grande ouverte!

— Y bâillait, probablement...

— J’te jure, ma cuillère est entrée direct dans sa gueule...

— Pis est r’sortie par la queue!

— J’te l’dis, c’est le genre de poisson qui vient cogner à porte du camp si on est en retard le matin...

— Pis qui vient te border le soir peut-être?

— Non, mais pas de farce, j’en ai déjà capturé un par la queue...

— Tu vas me dire qu’y s’la mordait en tournant en rond, comme un chien...

— Y boudait mon ver. Le poisson boudait mon ver, y voulait rien savoir…

— Pis après?

— C’est parce qu’y a tourné le dos à mon offre que j’ai été obligé de le ferrer par la queue...

— Je connais beaucoup d’hommes qui tournent le dos aux offres des femmes, mais qu’on ferre par la queue!

— Pis pour sortir ton poisson, cette fois-là, t’as utilisé un towing?

— Mon achigan, je t’ai déjà parlé de mon achigan? Dans un tournoi y a bouffé cinq lignes en même temps... Les jurés savaient pus quoi faire pour me désigner le gagnant...

— T'as partagé ton prix en cinq?

— Té fou, y avait cassé les quatre autres lignes, mais pas la mienne...

-Moi j’ai déjà…

— Mon sonar, tu sais à quoi il me sert mon sonar? J’m’en sers en bateau pour être sûr de pas frapper de poisson sur mon passage... Pis j’t’ai jamais parlé de la morue de cinquante livres que j’ai trouvée dans le ventre de mon requin? Je l’avais installé sur le toit de mon char, le requin j’veux dire! C'est quand j’ai breaké ben sec pour éviter de frapper un orignal que la morue est sortie de sa bouche... Une morue de cinquante livres!


— Faudrait que j’te raconte la fois...

  Daniel Lefaivre 

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samedi 14 septembre 2013

Pêcher autrement

Ce printemps, on m’a volé mon moteur hors-bord. Je sais que cet incident ne figure que dans le palmarès des faits divers et combien quotidiens de notre société.  N’empêche que j’ai raté la moitié de la meilleure saison de pêche. Privation, paperasse à régler, rapport à rédiger, horaire de loisir chamboulé et frustrations sont venus combler mon « espace pêche » habituel, ce qui a soulevé toute ma grogne. Sans compter que je tentais de combler ce « creux barométrique », ce vide existentiel en surmultipliant les vidéos de pêche et en regardant tout ce qui se faisait dans ce domaine sur les médias sociaux. Je voyais d’un œil jaloux ceux et celles qui exhibaient leur trophée avec fierté et qui exprimaient leur passion pour la pêche avec preuve à l’appui…

Ainsi privé momentanément de mon embarcation me plaçais dans une situation où je perdais tous mes repères, où l’hiver durant je n’avais eu qu’une idée fixe, reprendre le large, me retrouver sur l’eau avec ma modeste chaloupe de pêche. Je me sentais comme un loup de mer noué au port.

Pour savourer et vivre pleinement le bonheur que me procure la pêche, une fois le choc amorti, je n’allais pas laisser filer sous mon nez une saison déjà trop courte en ne faisant que maugréer, même si dans ce domaine, certains me considèrent comme expert. Si je ne peux me rendre au milieu de la rivière, je peux certainement la contourner et pêcher sur ses abords! Alors c’est ainsi que j’ai découvert des endroits et des façons différentes de pêcher. D’abord parce que peu de choix s’offraient à moi et que j’allais donc devoir être créatif. Ensuite parce que l’idée de faire autrement se préparait déjà depuis un bon moment, presque inconsciemment, comme une pensée cachée dans des herbiers, attendant le bon moment pour me surprendre. Puis mes pensées sont devenues plus claires, une onde de choc au bout de la canne qui me force à réagir sans faire de faux pas en devinant d’avance quelle espèce s’agite au combat.
   
J'ai eu un plaisir fou à pêcher la marigane au flotteur coulissant ou avec des micro jigs (Atomic teasers) dans quelques mètres d'eau. D'ailleurs, non seulement cette espèce n'est à peu près pas pêchée, mais pratiquement inconnue des pêcheurs. Je n'ai pas noté le nombre de fois où des pêcheurs ont sursauté en me disant « tu pêches de la marig...quoi? »... Et tout ça à pied en bordure d’une rivière ou sur un quai! Mais n’allez pas croire que ce n’est qu’un poisson destiné à l’initiation des enfants, si votre leurre est trop près de la surface ou du fond, ces poissons vont se foutre de votre gueule! Avec cette espèce , il faut trouver le juste milieu et cela fait partie du trill

Daniel Leclair posant fièrement avec une belle marigane. Pour en connaître davantage sur cette espèce et l’utilisation des leurres et techniques, je vous invite à visionner l’épisode de  Pêche en ligne, première saison, disque deux, « Panfish pour tous ».   Vous y verrez que ce petit poisson est très combatif et qu’il se donne des allures d’achigan quand le combat s’amorce.


J'ai aussi tenté timidement quelques lancers à la mouche. Je viens d'y découvrir un monde fascinant et je compte bien faire l'expérience d'un bas de ligne pour brochet que je pourrais adapter au monofilament de mon lancer léger, c'est à suivre. De récupérer la mouche lentement en ramenant la soie tout en maintenant une tension à l'extrémité de la canne n'est pas une mince affaire, mais je compte bien maîtriser cette technique au cours des prochaines saisons.


Je perfectionne quelques nouveaux nœuds complexes et je prends plaisir à mémoriser mes gestes afin d’en venir un jour à pouvoir les faire aussi aveuglément que les lacets de mes chaussures!

Voilà une autre façon de faire qui me pousse à expérimenter, par curiosité, comment devenir un meilleur pêcheur. Je réalise que d'orienter mes pratiques habituelles vers des horizons nouveaux m'oblige à parfaire mes connaissances tant sur le plan de la technique que sur la connaissance générale des espèces convoitées.

Le plus important que je retiens de mon expérience est le fait de sortir de sa zone de confort peut nous amener à nous dépasser, à découvrir des techniques ou des façons de faire insoupçonnables. Inspiré du film Moneyball qui défait certains paradigmes et qui nous pousse à chercher dans des sentiers inexplorés, outre les notions de sabermétrie décrite dans le film, j'ai amorcé une saison de pêche un peu de cette manière. Je me suis dit que j'allais quitter mes vieilles pantoufles, mon confort habituel où je pêchais trop souvent avec des automatismes. J'ai dû réapprendre à sélectionner la bonne approche en fonction de réalités halieutiques différentes.

Ce film m'a aussi motivé à tenter d'autres approches. Il y a plusieurs années, un conférencier du monde des affaires disait « Si vous voulez faire des ventes que vous n'avez jamais faites, il faut faire des choses que vous n'avez jamais faites! » Riche de ce genre de réflexions, j'ai donc transposé cet adage
  
 "Si vous voulez faire une pêche que vous n'avez jamais faite, il faut pêcher comme vous  ne l'avez jamais fait!"

Ce qui m'a poussé à connaître encore mieux les habitudes de nouvelles espèces, à redevenir le chasseur en moi qui traque (et non le passif qui attend), à chercher de nouvelles techniques et des espèces différentes, tout en stimulant ma créativité et mon sens critique. Si je décide d'aller taquiner le brochet, ce sera différemment; techniques, leurres et habitat, tout en recherchant la satisfaction de découvrir quelque chose de nouveau, même si parfois cela peut sembler subtil... J'aurai au moins le sentiment d'avoir exploré quelque chose de nouveau.

J’ai redécouvert aussi les sentiers du parc de la rivière Doncaster en me baladant le long du cours d’eau, tantôt en empruntant le côté plus escarpé, plus sportif de la rivière, tantôt en prenant une marche sur le côté plat et nivelé. Dans les deux cas, j’ai capturé de belles mouchetées en explorant une multitude de petites fausses tout au long de mon parcours. Se retrouver en pleine nature à deux pas de Montréal, avec le torrent comme ambiance vous donne cette chaleureuse sensation de liberté qui confirme qu’il n’est pas toujours nécessaire de piloter un bolide pour profiter d’une belle journée de pêche!

Dans le domaine de la nouveauté, je n'ai pas tout fait d'un seul coup en une demi-saison. Je me promets cependant certaines découvertes pour de futures expéditions, comme de pêcher la carpe, mais là, pas n'importe laquelle, de la grosse, très grosse carpe!

Je me promets de découvrir une autre facette de la pêche à gué, celle où on doit faire preuve de doigté et de patience pour pêcher ce poisson! Comme pêcheurs, on a tous déjà capturé cette espèce par accident la plupart du temps, mais rarement avec un poids record! Quand on parle de faire les choses différemment, voilà un bel exemple d'un nouveau type de pêche à explorer!


Thierry Rimbaud, guide de pêche multi-espèces vous fera découvrir la pêche à la carpe. Il pourra vous initier à cette espèce, car l'équipement et la technique diffèrent passablement des autres modes de pêche. Pour vivre des sensations différentes, pourquoi ne pas explorer la pêche à la carpe? Frissons garantis! 


 Un autre petit détail que j’ai trop souvent négligé, mais qui fera partie des résolutions pour la prochaine année consiste à suivre un cours accéléré avec un professeur privé qu’on appelle plus communément, un guide de pêche! C’est incroyable tout ce qu’on peut apprendre en une seule journée avec un pro! À titre d’exemple, Thierry Rimbaud, guide de pêche professionnel en Mauricie, pourra vous faire découvrir la ouananiche, la grise ou encore l’arc-en-ciel en vous prodiguant des trucs et conseils qui vous serviront pour toutes vos futures sorties.
 
Et puis il y a ces kayaks de mer qui sont de plus en plus utilisés par les pêcheurs. Je vous invite à découvrir cette pratique en visionnant certains topos sur WFN. J'avoue que je suis fasciné par ce type d'embarcation et que j'ai hâte d'en faire l'expérience! Il m'arrive parfois d'imaginer une saison de pêche sans les tracas reliés à l'entretien et la réparation de moteur! Quelle sensation de mettre son embarcation à l'eau sans utiliser obligatoirement une rampe de mise à l'eau! 

Il s'est passé quelque chose de particulier avec l'événement du vol de mon moteur: en profiter pour changer mes habitudes. Je n'avais plus d'intérêt à laisser mon embarcation à un point fixe pour tout l'été. J'avais le goût de vivre de nouvelles expériences, d'explorer différentes facettes de la pêche jusqu'ici négligées chez moi, par exemple, de pêcher trop souvent de la même manière, fidèle à des habitudes dont je ne saurais expliquer les origines.   J’ai redécouvert le « street fishing » en réalisant que je pratiquais ce type de pêche à l’adolescence, en parcourant les quatre coins de la ville en vélo… Pourquoi ne pas revivre aussi cette activité avec une seule canne et quelques leurres? . Le "fun noir" que j'ai eu à pêcher la marigane, à pied, en bordure d'une rivière fera partie à coup sûr de mes prochaines petites expéditions. Et tant mieux si on continue à me demander « tu pêches quoi...? »

Maintenant équipé d’un nouveau moteur, je vais aussi poursuivre l’exploration du Memphrémagog, de la rivière des Mille-Îles et de quelques lacs des Laurentides en abordant la pêche d’une tout autre façon. Je vais trainer mon bateau un peu partout et consacrer plus de temps à la lecture de mes cartes marines. 

Avec l’interdiction de pêcher la perchaude pour plusieurs années au lac Saint-Pierre, avec une future règlementation sur l’utilisation interdite de la pêche au méné, avec l’introduction involontaire d’espèces indésirables, avec des lois sophistiquées sur les grandeurs des poissons, avec la gestion en club privé et sélect des descentes de bateaux dans certaines municipalités, le pêcheur d’aujourd’hui n’aura d’autres choix que de continuer à s’adapter à de nouvelles façons de faire et à s’impliquer encore plus dans les débats.

Inutile d’attendre qu’un événement personnel survienne pour pêcher autrement.


 Daniel Lefaivre

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vendredi 6 septembre 2013

La lettre du pêcheur

Bonjour ma femme,

J’ai voulu t’envoyer un texto avec mon téléphone intelligent, mais ici, dans le bois, mon téléphone est plutôt épais…

Alors j’ai pris un bout de papier et le crayon de menuisier de Bernard pour t’écrire ce petit mot.

Aujourd’hui, c'est la deuxième journée d'orage qui nous tombe dessus. Pas moyen de sortir pour aller pêcher, les vents sont trop violents et j’ai oublié mon pantalon de pluie. Le pire, c’est que je me souviens l'avoir déposé sur le trottoir avant de partir. J’espère que t'as réussi à le prendre avant les vidangeurs. Ce matin, avant l'orage, il y avait un beau soleil. On a mangé dehors. Je n’ai pas eu besoin de poivrer mes œufs tellement y avait de moustiques collés après. Les mouches à chevreuil ne nous lâchaient pas aussi. Les gars toujours aussi gentils disent que c'est des mouches à marde si c'est moi qu'elles cherchent. Ça pas été long que la pluie nous a pognés. Je me sers des câbles à booster de l'auto pour sécher mon linge au-dessus du poêle... si on réussit à l’allumer parce que, ce matin, le bois est tout mouillé. Les voisins nous ont hébergés dans leur camp. Je comprends pas, j'ai jamais trouvé la tente….Tu regarderais pas au bord du trottoir, par hasard?

Pis on a essayé de dormir, mais y a des hommes qui essayaient de sortir leur roulotte du fossé et le bruit des tracteurs a duré toute la nuit.  J’ai dormi sur mon matelas soufflé qui est resté gonflé une demi-heure. J’ai mal partout ce matin. J’ai mis les biscuits soda dans glacière parce que c’est plein de mulots dans les armoires. Mais la boîte de biscuits a pogné l'eau. J'ai montré aux gars comment je débouchonnais une bouteille sans ouvre-bouteille. Faudrait que tu me prennes un rendez-vous chez le dentiste. Imagine-toi donc que Bernard s'est fait piquer par une araignée géante. Personne a vu l'araignée, mais à voir la poque qu'y a à l'œil, ça devait être une maudite grosse, le genre d’araignée en forme de cadre de porte qui est arrivé trop vite dans sa direction, si tu comprends ce que je veux dire...

Ah! pendant que j'y pense, cherche pas ton document important, yé resté sur le siège arrière de la voiture. Je sais que t'avais travaillé à maison parce que c’était rush, alors inquiète-toi pas, j’en prends soin. Je suis allé à toilette dans le bois, mais j'avais oublié le papier de toilette, pis je m'en suis rendu compte trop tard. J’ai fait comme les premiers colons, j'ai pris de l'écorce de bouleau. Mais je pense qu'y s'en servaient surtout pour faire des canots.

Tu connais Denis, tu sais comment y peut être fendant des fois, ben y a dit à une femme qui pêchait seule : « Salut, vous voulez un vers? » À part ça, c'est pas chaud. C'est moi qui me lève pour rajouter une bûche dans le poêle.  La porte du camp se barre pas par en dedans. J’aime pas ben ça. Y suffirait d'un coup de patte pour qu'on reçoive la visite d'un ours. Je garde toujours mon couteau à filets sur moi au cas... On a tellement marché pour se rendre ici que j'ai pèté un lacet. C'est tannant marcher avec une chaussure de lousse pour toute la durée de notre séjour. Bernard a fait sauter les fusibles  avec son toaster à quatre trous. On a toujours pas trouvé les fusibles de rechange de la génératrice. On se fait des sanouiches le matin. Mais des fois, on aurait le goût d'un bon café.  À part ça, personne ne s’est rasé depuis deux jours. On s'lave juste pour dire parce que sans eau chaude, ni électricité, c’est pas le gros luxe…  C'est à mon tour de faire la vaisselle. Je l'essuie avec mon chandail. Y en a qui disent que le repas goûte l'insecticide. On était supposés avoir un moteur hors-bord, mais c'est pas grave, on va ramer. Demain, il va faire un beau -3 C°. On va probablement aller à la pêche.

Bref, on est épuisés, rongés par les bibittes, on grelotte de froid sans arrêt, on est affamés et on n’a pas encore pris un seul poisson.

On est assez ben, tu peux pas savoir.