lundi 17 mars 2014

La petite histoire du gros achigan


blogue de pêche; Daniel Lefaivre, Histoires de pêche
C’est un samedi 2 novembre 2013 moche, venteux , froid et sombre. Ça veut tout dire!  La zone 7 est encore ouverte pour la pêche, mais il n’y a que moi qui suis assez fou pour braver ce temps. Pas un promeneur de chien à l’horizon, pas un pêcheur non plus. C’est le temps idéal pour avoir la paix quand on pêche à gué. Aucun passant ne vient m’emmerder avec des questions que je vois  venir de loin, du style, « qu’est-ce que vous pêchez comme poisson ici? » Ou encore la sempiternelle « Est-ce que ça mord? » ou même et de loin la meilleure affirmation du passant néophyte « Y a pas de poissons depuis cent ans dans cette rivière, vous n’attraperez rien . En tout cas, c’est la tranquillité absolue.  Après 5 minutes, je ne sens plus le bout de mes doigts. C’est la nuit à 13 heures et le vent siffle comme un arbitre pour me dire qu’il va neiger d’un moment à l’autre. Un temps pour faire une sieste au chaud avec son chien au pied du lit. Pas un temps pour faire le saltimbanque sur un rocher humide et glissant, la morve au nez. Au loin, je crois entendre de la musique de Noël. Mais ce n’est pas mon imagination, c’est de la musique de Noël!  Je ne sais pas trop d’où ça vient avec ce vent qui tourbillonne autour de moi comme des diables de la chasse-galerie. Mes vers me demandent s’ils peuvent rentrer à la maison.

Durant une heure, je lance à droite, à gauche, à l’Est, au Sud. Pas une touche, même pas un semblant de sensation. Pas même un édulcoré de feeling !

Alors j’appelle à la maison pour dire que je rentre plus tôt que prévue, y a rien à faire, je me les gèle pour rien, y a pas de poissons depuis cent ans ici…

Le matériel est rangé, j’acquiesce à la revendication de mes vers. Puis m’apprêtant à défaire ma canne, j’aperçois une subtile activité juste là, à côté de ce rocher, à deux pas de la rive. Juste à mes pieds. On aurait dit un gros rat musqué ou un castor qui nage sous l’eau sans se faire voir en créant un léger remous à la surface. C’était à peine perceptible, comme une sorte de vague sous-marine. Même pas un frisson et plus subtile qu’une brassée, un léger ressac. Je ne sais pas trop comment expliquer ce que je ressentais et une sorte d’instinct me dictait mes gestes.

Alors je suis remonté sur le petit rocher glissant et en étendant le bras, sans même lancer, j’ai juste déposé mon offrande dans l’eau à une distance de canne. Et paf! Fish on! Mon moulinet gelé s’est vite réchauffé en faisant entendre son frein sur plus de 20 mètres! Je n’ai même pas eu le temps de ferrer que déjà le poisson se dirigeait vers le large. Un combat de longues minutes où on oublie qu’on a froid et qu’on va perdre pied! Sitôt l’achigan capturé, vite, j’installe le trépied et la caméra que je venais de ranger pour immortaliser ce moment. Je remets le monstre à l’eau, pas le temps ni de le mesurer ni de le peser, alors je ne m’aventurerai pas dans diverses hypothèses… Un bel achigan dodu, combatif et que j’ai « senti » près de moi,  voilà tout!

Et pas un passant, pas un promeneur de chien, pas même un pêcheur pour me poser une question.

Dommage, j’étais disposé!


Daniel Lefaivre   <’))))><
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La fin de l'histoire avec une remise à l'eau!