samedi 10 octobre 2015

C’est moi le plus fort à la pêche

                                                                          


Histoire de pêche, Daniel Lefaivre, blogue de pêche, pêche brochet
C'est l'histoire du macho qui souffrait d'un horrible mal de dos. Tellement qu'il avait retardé sa partie de pêche d'une journée parce qu'il était incapable d'installer son moteur de 10 forces sur son embarcation. Les deux hommes qui l'accompagnaient n'étaient pas des athlètes, mais ils auraient très bien pu parvenir à mettre le moteur en position. Mais il s'agissait d'un moteur tout neuf et son propriétaire refusait catégoriquement qu'une autre personne s'acquitte de cette tâche.

La veille, les deux pêcheurs avaient été obligés de louer une petite chaloupe et de ramer toute la journée. Le « proprio-macho » ne leur avait pas permis d'utiliser son embarcation, défendant farouchement ses biens.

-C'est moi qui vous ai invités à la pêche, disait-il, vous m'accompagnerez quand je me serai remis de mon mal de dos. Pour l'instant, débrouillez-vous, mais ne touchez pas à mes affaires...

Aujourd'hui, le proprio ne se portait pas tellement mieux. En faisant une petite marche de santé, il avait remarqué que le chalet voisin était occupé par des dames, mais alors là, pas vilaines du tout. La conversation s'engagea et les « pêcheuses » avaient hâte de découvrir le lieu de prédilection tant vanté par le proprio-macho et dont lui seul connaissait l'emplacement. Il
revint de sa petite promenade en marchant le corps droit et très lentement. Bien entendu, il n'avait certainement pas parlé de sa faiblesse au dos à ces dames.

En arrivant au camp, il expliqua à ses compagnons qu’il était grand temps d’installer le moteur hors-bord, car allez hop, ces dames allaient l'accompagner, de l'autre côté de l'île, à son meilleur spot.

— Et nous là-dedans? avait demandé un des compagnons.
— J’veux pas vous voir! avait répondu le proprio. Arrangez-vous comme vous voulez, moi je pars tout seul... avec ces charmantes dames...
Son compagnon s'avança vers lui, afin de lui donner quand même un coup de main pour transporter le précieux moteur.
— Pas question, avait-il répondu, je suis capable tout seul, j'suis assez fort...
— T'tention à ton dos, lança un des pêcheurs.
— T'inquiète pas, répliqua le proprio devant les dames, c'est moi le plus fort...

Le proprio quitta le quai et descendit dans l'embarcation en dissimulant avec peine une grimace de douleur. Décidément, son dos n'était pas mieux aujourd'hui. Il saisit l’engin et déposa le moteur en le déposant sur le banc arrière. La douleur au dos se manifesta avec violence, mais le proprio tenait à cacher cette petite défaillance devant les dames qui préparaient leur ligne.

Dans un dernier et violent effort, il saisit le moteur, le passa au-dessus de l'eau par l'arrière de l’embarcation, vint pour aligner les guides avec la plaque d'arcasse et, croyant le tout en
position, il lâcha prise, ne pouvant d'ailleurs tenir plus longtemps, tellement la douleur au dos était atroce.

Mais le tout s'avéra fort mal aligné, et quand il lâcha prise, le moteur cogna contre l’embarcation et... coula à pic au fond de l'eau...

Curieusement, jamais le proprio-macho n'admit cette version des faits...

— C'est à partir de ce moment-là, disait-il, c'est quand j’ai échappé le moteur, quand le moteur est tombé au fond de l'eau, que je me suis donné un tour de reins... insistait-il.

Plus tard, deux couples pêchaient dans une petite chaloupe louée et propulsée avec des rames.
Le proprio-macho lui, soignait maintenant une petite blessure au dos et une autre très grosse aux confins de son amour-propre.

Au loin, on pouvait entendre les femmes s’esclaffer. Un des pêcheurs imitait quelqu’un.

— C’est moi le plus fort…  Pouvait-on distinguer dans l’écho.

Daniel Lefaivre