dimanche 15 novembre 2015

La corde à linge

#flushgate  #fleuvegate  #eauxusees  #shitbucketchallenge Daniel Lefaivre, blogue de pêche, pêche Montréal, Street fishing
On a bien le droit de se rincer l’œil et les idées en admirant cette portion 
du lac de St-Faustin-Lac-Carré.
La corde à linge

Le « Street Fishing », vous connaissez? C’est une belle expression de nos temps modernes pour illustrer qu’il est possible de pêcher aux abords de l’île de Montréal en utilisant ses jambes, un vélo ou les transports en commun. Plus besoin d’aller à Kuujjuaq dépenser la valeur d’une auto neuve pour un séjour de pêche, on n’a qu’à pratiquer le « Street Fishing » dans le fleuve au sud, dans un lac à l’ouest ou dans une rivière au nord. Et ça mord! La qualité de pêche est surprenante et le poisson est consommable.

 Il est juste un peu plus malaisé de revenir avec ses prises dans le métro, mais ça, c’est une autre histoire! Parce qu’avec la pêche en ville, vient son petit côté écolo où il est tellement plus sain pour l’environnement et l’écosystème de remettre ses prises à l’eau. Alors je prendrai un egoportrait de moi d’abord et de mon doré ensuite en arrière-plan. Et je me « câllerai » une pizza pour dîner, après tout, je ne suis pas au fond des bois, je suis en ville, je fais du Street Fishing! Quelle belle expression!

À 14 ans, au début des années soixante-dix, nous avions aussi mes amis et moi, développé une expression tout aussi sympathique à la pêche. « La corde à linge » faisait partie de notre vocabulaire à chaque sortie de pêche.  –Attention à la corde à linge, fais gaffe, la corde à linge, oh non, prends garde, la corde à linge! Je ne parle pas de la corde à linge faite à Richard Zednik en 2007 par Kyle McLaren, mais elle fait aussi mal!

Notre lieu de prédilection était aux abords de la Rivière-des-Prairies, juste en amont du barrage hydro-électrique de la rivière, bien avant que cela devienne un sanctuaire de pêche.  Comme nous rêvions de pêcher  au nord du 49e parallèle, à cette époque, on l’appelait le barrage Gouin, ce qui lui donnait un air pompeux et éloigné! Notre technique était fort simple, un jig à poil de chevreuil jaune (Buck tail) de ¼ d’once qu’on lançait le plus loin possible dans le courant créé par le barrage et qu’on ramenait à toute vitesse de peur d’accrocher notre leurre au fond de l’eau, car cet endroit n’est constitué que de grosses pierres, pièges mortels pour nos précieux leurres.

Et il était là le danger. Avec la puissance du courant, dès qu’un jig criait au secours déprenez-moi, j’ai la cheville et l’émerillon de coincés, notre fil de pêche bien tendu devenait un filet qui attrapait tout ce que le courant amenait.  Et c’est là qu’on se ramassait avec une « corde à linge ». Pas un centimètre de notre monofilament n’était dénudé. Alors en soulevant notre canne au-dessus de l’eau, une gigantesque guirlande de papier hygiénique, de condoms, de serviettes sanitaires, de nouilles à spaghetti et d’étrons faisait osciller notre canne.  Il n’y avait plus rien à faire, le fil de pêche allait céder d’une seconde à l’autre. Mais parfois, tous ces détritus étaient tellement lourds qu’il fallait prendre garde de ne pas briser notre canne quand on soulevait cette corde à linge. C’était notre hantise, pas question de toucher à mains nues à cette merde!

Et notre fil finissait par rendre l’âme. On le voyait partir dans le courant emportant avec lui son amas de souillures comme une robe de mariée qui vole au vent un dimanche après-midi quand il se fait voyeur.

Faut dire qu’à cette époque, nous pêchions dans des égouts à ciel ouvert et que les usines d’épuration n’étaient que maquettes avec des politiciens qui se faisaient fièrement prendre en photo. Et je ne vous parle pas de l’odeur nauséabonde pour un pêcheur à gué, je vous laisse sentir par vous-même… Bref, nous pêchions dans une fausse septique sans le savoir!

On nous promettait de l’eau pêchable, baignable et même potable! Alors à 14 ans, quand ta bicyclette à poignées mustang ne t’amène pas plus loin que le bout de l’île et que tu aimes pêcher, sans vraiment savoir ce que c’est qu’une nature non contaminée, alors tu pêches quand même…et tu manges le poisson, sans trop savoir… Ben quoi, si la barbotte est vivante et qu’elle a  une belle chair rose…c’était notre vision scientifique de l’époque…

On a beaucoup progressé depuis. Beaucoup. Les usines de filtration font des miracles. La qualité de l’eau n’est pas comparable à cette époque. On a découvert d’autres expressions comme le développement durable, des centres d’enfouissements et combien de termes réconfortants comme « récupération ». Mais allez voir par vous-même, l’eau de la Rivière-des-Prairies est plus propre que ses rives. Parce que certains comportements ne changent pas. Fil à pêche, emballages de leurre, de cigarettes, cannettes et bouteilles, chaise pliante brisée, contenants et ordures de toutes sortes longent le sol à profusion.

On est passé de matières fécales à matières environnementales. Juste des mots. Juste des expressions. On n’est pas loin de la corde à linge.

Quand j’ai entendu tout ce que qui s’est dit sur le déversement de 8 milliards d’eaux usées dans mon fleuve et quand j’ai vu une photo avec des préservatifs et serviettes sanitaires flottants à la dérive, ça m’a bouleversé. Et vous savez quoi? On a même osé faire un avis :

« La Ville demande d'ailleurs aux citoyens de ne pas jeter dans les toilettes des objets comme des tampons, des condoms, des cure-oreilles, du fil dentaire ou des huiles de cuisson. »* (La Presse.ca, 10 novembre 2015)

Moi qui croyais que jeter ses ordures aux toilettes était chose du passé! Moi qui croyais que nous avions développé une conscience collective environnementale et que ces pratiques n’existaient plus depuis quarante ans…  

En 2015, on fout ces trucs-là dans nos cabinets? Innocemment, je croyais que nos usines de filtration avaient été conçues pour purifier l’eau des déjections humaines et quelquefois chimiques, l’eau de pluie qui emporte avec elle un peu de boue impropre, salée en hiver, mais pas à ce point-là…

Et puis je me demande, parmi tous ceux et celles qui ont décrié le déversement, qui ont signé des pétitions, qui se sont gargarisés sur le sujet, qui se sont époumonés oh combien cela est scandaleux, combien parmi ces citoyens à la conscience élevée, combien parmi ceux-ci jettent encore préservatifs, produits sanitaires et restes de spaghetti aux toilettes? Honnêtement?

Vous allez m’excuser, je dois aller vider mon huile à tondeuse dans le « canal » en face de chez moi.


Daniel Lefaivre     ><((((º> ·° ºoO 


mardi 3 novembre 2015

Une histoire de pêche imprévue!

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Combien de bonnes anecdotes j’ai pu entendre en croisant des pêcheurs! Combien de fois me suis-je émerveillé à entende des histoires vraies, mais invraisemblables! Le genre d’aventures qui n’arrivent qu’une fois dans une vie! Encore la semaine dernière un prénommé Jean-Marc qui en a profité pour me montrer des photos d’un maskinongé d’une quarantaine de livres pris dans la rivière des Mille-Îles en pêchant l’achigan avec un petit Rapala, me racontait qu’en ratant son lancer à la mouche, il a capturé un achigan de quatre livres!  La mouche est allée se déposer loin derrière le pêcheur, juste au bord, dans un pied d’eau! Devinez la suite,  croyant que sa mouche venait de se planter solidement dans une planche du quai,  il a récupéré délicatement sa soie jusqu'à ce qu’il réalise que la planche du quai était vivante et s’enfonçait à toute vitesse sous les flotteurs! « Le lancer raté le plus impressionnant de ma carrière de moucheur! » m’a-t-il précisé.

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Toujours sous le chapitre des plus folles histoires  de pêche, me vient souvent en souvenir une pêche aux brochets inattendue avec mon frère André, oui oui, celui des miracles de l’Oratoire! Car on l’appelle comme ça, mon frère, le Frère André! Alors que tout le matériel était bien installé dans la chaloupe aux quatorze très petits pieds, un vilain doute venait de m’envahir; devrions-nous aller sur le lac par un temps pareil avec des vagues qui venaient de s’intensifier? Le vent soudain approchait les 70 km/h et le ciel n’annonçait rien de bien encourageant.  J’ai donc dû prendre une grande décision qui allait sans doute décourager mon invité, mais en tant que capitaine du navire, je me voyais mal crier « les femmes et les enfants d’abord » en situation d’urgence! 

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J’ai donc annoncé la mauvaise nouvelle à mon frère en lui disant qu’avec un temps pareil, il nous serait impossible de pêcher, de toute façon.  Au lieu d’être catastrophé par ma décision, il jubilait et allait justement me proposer de remettre notre partie de pêche à un autre week-end.  Il avait compris qu’il aurait été très imprudent de s’aventurer sur un lac qui était de mauvaises humeurs, voire même en colère!
Alors je lui ai proposé de tenter notre chance juste à côté de l’embarcation, directement sur le quai, en toute sécurité. Même si nous avions du mal à rester en équilibre sur le quai principal qui se faisait chalouper par les vagues, les divers embranchements au quai principal, eux, créaient une accalmie réconfortante. On pouvait même y voir les algues qui tanguaient au gré du courant. Alors nous n’avions qu’à faire quelques lancers entre les quais, juste pour s’amuser!  Juste pour se donner l’impression que la journée n’était pas perdue complètement.

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Comme quoi le ridicule ne tue pas puisque nous étions quelque gênés de savoir qu’on pouvait nous observer pêchant à côté de notre embarcation!  Après tout, pêcher sur un quai, c’est pour les enfants!
Quel souvenir! Onze brochets de belles tailles ont répondu à l’appel en moins de deux heures de pêche! De l’action sans arrêt si on calcule tous les poissons mal ferrés qui se sont enfuis par la porte arrière en se réfugiant sous les quais ou en cherchant à nous déjouer en se faufilant dans les câbles! Un scénario impensable, une sortie à l’eau qui se transforme en pêche miraculeuse!  
Quelle journée! Un ami de la pourvoirie nous a même gentiment proposé de nous faire quelques beaux filets de brochets. Et un retour à la maison en pleine forme, surtout pas épuisés, quelques heures de pêche sur un quai n’est jamais aussi éreintant qu’une grosse journée en chaloupe!
Depuis ce temps, je ne peux m’empêcher de faire quelques lancers avant et après chaque sortie de pêche quand je me retrouve sur un quai!  On ne sait jamais!

Et puis tant pis pour ceux qui croient que pêcher sur un quai, c’est pour les enfants!

Daniel Lefaivre


Blogue de pêche      ><(({°>